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Une envie de vous faire partager ce qui m'entoure… et le monde est vaste, n'est-ce pas !

Morceau choisi : « Un goût de soleil »…

Mouna

« Comme son nom le suggère, c’est une spécialité que l’on doit aux pieds-noirs, une viennoiserie à la mode de chez nous, si l’on préfère. En préalable à sa préparation et comme condition sine qua non de sa réussite, il faut une belle et longue histoire d’amour. Je m’explique : la mouna est une brioche qui s’obtient à partir d’une pâte levée, laquelle exige d’être longuement brassée et pétrie.
Ce travail excède les forces d’une femme et nécessite des bras musclés, les bras d’un homme. Mais l’intervention masculine, si elle est indispensable, n’est pas suffisante ; elle doit s’adjoindre une main féminine capable de doser – et cela importe beaucoup pour l’excellence du résultat – le zeste d’orange, le zeste de citron, la vanille, le rhum et l’anis qui entrent dans la composition de la pâte.
Cette mouna divine dont je me suis délectée tout au long de mon enfance était confectionnée une fois l’an, à la veille de Pâques. Chaque année, au moment du renouveau, je voyais mes parents s’y dévouer ensemble, et cette activité qui les mobilisait pendant une journée entière mettait déjà dans l’atmosphère un parfum précurseur de la fête. Littéralement, la maison tout entière embaumait. Ma mère, qui officiait la première, mélangeait dans une grande bassine farine, oeufs, levain et tous les arômes énumérés plus haut.
Ensuite venait le tour de mon père de mettre au sens propre, la main à la pâte : manches retroussées, il soulevait la masse odorante, la périssait, la battait, la malaxait longuement. Après cette opération qui prenait un certain temps, on laissait la pâte reposer quelques heures et elle montait, montait au point qu’elle menaçait parfois de déborder de la bassine. Le moment était venu de la travailler à nouveau, d’en former des boules que l’on disposait sur une plaque et qui devaient gonfler encore jusqu’à doubler de volume.
Pour nous, les enfants, ma mère préparait des portions plus petites, des mounas individuelles au centre desquelles elle plantait un oeuf dur coloré. Lorsque, d’une pression experte, elle vérifiait l’élasticité de la pâte et estimait que les boules étaient prêtes pour la cuisson, elle les badigeonnait d’oeufs battus, les cloutait d’éclats de sucre et les enfournait
Bien au-delà de l’enfance, j’ai conservé l’habitude, la manie de respirer ma tranche de mouna avant de la déguster. Je me souviens du regard de mes parents posé sur moi tandis que je me livrais à cette première approche sensorielle du délice. Ils la guettaient, ils s’en délectaient, mon plaisir manifeste les récompensait de leur long labeur.
Mon père nous a quittés il y a quelques années et nous avons bien cru alors que les temps bénis de la mouna étaient pour nous, à jamais révolus. Mais c’était sans compter sur d’autres bras, sur un autre couple qui allait reprendre le flambeau. Ma fille et son époux, après s’être assuré de la recette auprès de ma mère, se lancèrent dans la périlleuse entreprise un beau jour, à l’approche de Pâques, comme il se doit. L’époux, bien que natif de Saint-Etienne et étranger à notre tradition pascale, avait mis tout son coeur, son énergie et, il faut bien le dire, sa gourmandise, pour que ce premier essai fût un succès.
C’était un matin de Pâques, on venait de sonner à ma porte et lorsque j’ouvris, je le vis là, tel un roi mage, rayonnant de fierté, me présentant sur un plateau une demi-douzaine de dômes dodus, dorés et odorants, en tout point semblables à ceux que mes parents pâtissaient naguère. Ma fille se tenait derrière lui, ils venaient soumettre à mon verdict le produit de leurs efforts conjoints. Fidèle à mon habitude, je commençai par humer, puis je goûtai et, merveille, je retrouvai dès la première bouchée le moelleux et la saveur incomparable des mounas d’antan, le goût même de mon enfance.
Est-ce ce jour-là ou l’année suivante, lors de l’arrivée d’une nouvelle fournée de mounas tout aussi réussies que je dis à mon petit couple de pâtissiers : je vais vous décerner un diplôme de vrais-mounayeurs, vous l’avez bien mérité. Mais qu’il soit bien entendu que jamais vous ne divorcerez car je ne voudrais pas me retrouver privée de mon régal annuel.
Je plaisantais, mais à peine… »
Un goût de soleil d’Anne Bragance (Exquis d’écrivains – Nil éditions)

Anne Bragance avec qui j’ai en commun , Casablanca, ma ville natale et mes origines andalouses

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